Les Chauffeurs de paturons

Plantons le décor tout de suite en vous précisant que « pâturons » signifie « pieds » dans le langage populaire campagnard. Donc, les chauffeurs de pâturons ne sont pas des metteurs d’ambiance dans les pâturages, mais des brûleurs de petons. Nous vous entendons déjà crier : « Mais à quoi peut bien servir de brûler un pied ? »

À époque désespérée…

Quand on manque d’argent pour se remplir la panse (ou pour offrir des fleurs à Madame), on est prêt à tout. C’est le cas de ces chauffeurs qui ne trouvent rien de plus juteux que de s’introduire chez l’habitant, de le saucissonner puis de mettre ses pieds dans la cheminée pour lui faire avouer où il planque ses économies. Certains chauffeurs varient dans leurs méthodes, préférant le tisonnier ou les grosses baignes, mais nous ne chipoterons pas et les incluons dans le groupe.

Si cette technique date du Moyen-Âge, elle se répand à la Révolution Française. Des milliers de Français, pourtant socialement intégrés, se ruent dans les chaumières pour brûler les nougats des bourgeois. Chacun panique à l’idée d’en trouver un à sa porte, et il y a de quoi : les bandes de chauffeurs, parfois composées de 500 personnes, pullulent et ratissent les régions.

Mais que fait la police ?!
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Voici un des clichés pris au cours de l’exécution. Il est tiré du très bon blog Carnet de l’abolition.
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, les chauffeurs sévissaient il y a encore peu de temps. Les derniers recensés, dont le gang des Romanis ou la Bande d’Albert, l’ont été dans les années 50.



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Un héro tout feu tout flamme

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Les chauffeurs n’ont pas sévi qu’en France. Ils ont aussi fait du grabuge en Allemagne, plus particulièrement à l’ouest du Rhin. Dans cette région occupée par la France au 18è siècle, les malchanceux pouvaient tomber sur Johannes Bückler, dit Schinderhannes (surnom tiré de son métier d’équarrisseur). S’attaquant volontiers à l’occupant, il est très vite passé pour un Robin des Bois ! Il est encore aujourd’hui considéré comme une légende digne des contes pour enfants et perdure dans la mémoire populaire.

Ce que l’on raconte moins, c’est qu’il agressait les Juifs fortunés et laissait les Catholiques pépères …

Quand Schinderhannes a été capturé, il a préféré balancer ses comparses plutôt que de voir sa maîtresse Juliana Blasius accusée. Quel grand cœur ! Il était si populaire que 40 000 personnes ont assisté à son exécution le 21 novembre 1803.



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Muses des poètes

Johannes n’a pas seulement effrayé la population. Il a aussi inspiré certains artistes, comme le poète Apollinaire auteur de ce poème (tiré du recueil Alcools publié en 1913) :

Schinderhannes

Dans la forêt avec sa bande
Schinderhannes s’est désarmé
Le brigand près de sa brigande
Hennit d’amour au joli mai

Benzel accroupi lit la Bible
Sans voir que son chapeau pointu
A plume d’aigle sert de cible
A Jacob Born le mal foutu

Juliette Blaesius qui rote
Fait semblant d’avoir le hoquet
Hannes pousse une fausse note
Quand Schulz vient portant un baquet

Et s’écrie en versant des larmes
Baquet plein de vin parfumé
Viennent aujourd’hui les gendarmes
Nous aurons bu le vin de mai

Allons Julia la mam’zelle
Bois avec nous ce clair bouillon
D’herbes et de vin de Moselle
Prosit Bandit en cotillon

Cette brigande est bientôt soûle
Et veut Hannes qui n’en veut pas
Pas d’amour maintenant ma poule
Sers-nous un bon petit repas

Il faut ce soir que j’assassine
Ce riche juif au bord du Rhin
Au clair des torches de résine
La fleur de mai c’est le florin

On mange alors toute la bande
Pète et rit pendant le dîner
Puis s’attendrit à l’allemande
Avant d’aller assassiner

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