Le deuil du marquis de Brunoy

Chacun sa méthode pour faire le deuil d’un proche. Il y a ceux qui s’enferment dans leur peine, ceux qui font les quatre cents coups… et il y a le marquis de Brunoy.

Plantons le décor

Avant de vous parler de notre jeune marquis, commençons par son père, futur objet de son deuil, le financier Jean Pâris de Monmartel. Contemporain de Louis 14 et de Louis 15, il a le nez pour investir dans les affaires juteuses (comme la compagnie d’Angola, spécialisée dans la traite négrière), et se remplir largement les poches. Il monte petit à petit dans les sphères supérieures et devient le parrain de celle qui aura la clef de son entrée à Versailles : Jeanne Antoinette Poisson, la marquise de Pompadour.

Truffé de pouvoirs et de richesses, Jean Pâris pourrait être un homme comblé. Mais un petit nuage gris ternit sa vie : son fils, Armand Louis Joseph Pâris de Monmartel, un charmant gaillard au timbre un peu fêlé, comme le dit si bien Racine.

Un grain de sable dans les rouages

Né en 1748, Armand passe sa jeunesse au séminaire puis reprend le château familial de Brunoy (joliment retapé par papa) dont il devient le marquis. Il y fait toutes les folies possibles. Malgré les mœurs libertines de l’époque, ses manières détonnent et surprennent. D’aspect négligé (il ne se poudre pas les cheveux, délaisse la cravate et porte une chemise sale), il traine avec ses serviteurs qu’il n’hésite pas à inviter à sa table. Dédaignant la noblesse d’épée, dont il a été l’objet des meilleurs calembours et qui l’a longtemps raillé pour ses origines roturières (un des grands-pères d’Armand était aubergiste), il prend plaisir à offrir des titres bidons à ses proches, au grand scandale des têtes poudrées.

Pris pour un fou, il va pourtant en étonner plus d’un à la mort de son cher papa, le 10 septembre 1766.

MarquisBrunoy-def(* 1 aune (de Paris) = 1,1884 mètre)

Avec la fortune dont il hérite, tout lui devient possible. Mettant continuellement la main à la poche, il toutoune tant les Brunoyens qu’il met en péril les finances familiales (il va jusqu’à faire étamer à ses frais tous les plats en cuivre de Brunoy). Désemparée, sa famille obtient une lettre de cachet qui lui permet de lui couper les vivres et de le faire enfermer dans une maison religieuse, où il meurt de la variole à 33 ans.

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Brunoy n’est pas la seule à profiter des largesses du marquis. L’Église touche également un joli pactole.

L’Église Saint-Médard hérite de 8 cloches (et du clocher qui va avec) et d’une superbe remise à neuf de l’intérieur du bâtiment, avec dorures et peintures à gogo.

Les hommes du clergé ne sont pas oubliés : Armand dépense jusqu’à 200 000 francs pour célébrer comme il se doit la fête de Dieu, engageant tous les prêtres, chanoines, célestins et autres enfants de chœurs de la région pour peupler le défilé, qui n’en finit pas.

NB : si l’un d’entre vous sait ce qu’il faut avaler (sans se tuer) pour avoir de l’urine noire, nous sommes preneurs !

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