La Loi Salique
janvier 20, 2012 | Vision du quotidien

Voici une loi dont tout le monde a entendu parler, si, si ! C’est cet acte qui stipule que le trône est réservé aux héritiers mâles, l’ainé de préférence. Tout le monde sait ça, non ?
Oui mais pas que !
Et voui, la Loi Salique était avant tout un code, datant de Clovis et réadapté par Charlemagne, qui listait les règles civiles et le montant des amendes à régler en cas de transgression. Car les faides (sorte de règlement de compte, on en parle plus bas) étaient monnaie courante à l’époque, et il fallait y mettre un terme.

L’origine du nom
C’est bien beau salique, mais qu’est-ce que ça veut dire ?
Nos ancêtres les Francs étaient à l’origine des Francs-Saliens vivant au nord de la France, ou plutôt en Belgique. Clovis, premier roi des Francs, fut leur descendant direct. Donc, en résumé : qui dit loi des Francs-Saliens, dit loi salique !
Mais nous allons mieux vous expliquer ça :
Légende – extrait de la Loi Salique, copie sur vélin du 8ème siècle.

Tous les ingrédients prouvant l’impossibilité d’un héritage envers la fille furent les bienvenus lors du remaniement de cet acte. A entre autres été cité l’évangile selon Saint Mathieu dans lequel Jésus déclare que les lis ne tissent ni ne filent. Le lis étant le symbole de la royauté et le filage étant à cette époque le symbole de la femme, il était prouvé que Dieu ne voulait pas d’une femme sur le trône. Ben voyons !
Cette nouvelle loi était utilisée dès qu’un problème de lignée se présentait. Ainsi Henri 4 monta sur le trône non parce qu’il avait épousé Marguerite de Valois, sœur d’Henri 3 mort sans héritier, mais parce qu’il était le descendant masculin le plus direct à la mort de ce souverain.
Des extraits saliques
Pour le plaisir voici quelques exemples des amendes de la loi salique :
Il était d’usage de payer :
- 15 sous pour avoir coupé un doigt ou une oreille
- 17 sous pour avoir volé un verrat (cochon reproducteur)
- 30 sous pour avoir coupé un nez
- 30 sous pour avoir frappé quelqu’un à la tête, laissant apparaître la cervelle.
- 35 sous pour avoir volé un esclave (« mâle ou femelle »)
- 100 sous pour avoir arraché une main (sauf si la main restait pendante, l’amende était réduite à 63 sous)
- 150 sous pour avoir tué un Franc !
…
C’est de la pépite, non ?!


Les faides
(de l’allemand Fehde : querelle)
Nous avons parlé de ces « règlements de compte ».
Cela peut nous paraître surprenant aujourd’hui, mais il était d’usage – et légal – chez les peuples germaniques (dont les Francs sont issus) de faire justice soi-même sans avoir à passer devant les tribunaux. On appelait ça « avoir recours à la faide »
Donc, si quelqu’un tuait votre fille, vous aviez un droit de meurtre sur n’importe quel membre de la famille de son assassin. C’était du donnant-donnant ! Frédégonde, dont nous vous avons parlé dans un billet précédent, fut une grande profiteuse de cette « coutume »…
C’est pour remplacer ces méthodes barbares que les lois saliques furent créées. Elles mirent quand même un peu de temps à s’imposer puisqu’il fut encore possible, pendant quelques décennies, de régler ses comptes en choisissant la faide ou la loi salique.
Lexique
Trois petits chats : célèbre comptine connue des fillettes qui la chantaient en se tapant dans les mains.
Miracle Capétien : période de 987 et 1316 où les douze descendants directs d’Hugues Capet se sont suivis. La question de l’héritage de la couronne ne se posait alors pas vraiment !
Commentaires (3)










Il faut savoir que jusqu’à Philippe Auguste, le mode de désignation du roi de France était l’élection… Le nombre de candidat était réduit et essentiellement composé des fils de l’ancien roi et de différents membres de la ou des familles princières. Ce système a évolué au fur et à mesure du temps vers une « hérédité » de la fonction royale afin d’éviter les infanticides et les guerres de successions entre les différents chefs des puissants partis. L’élection s’est ensuite transformé en une simple participation des 12 pairs de France au sacre et à l’acclamation publique…
Edifiant en effet, mais je me demandais que représentais un sou pour l’époque, genre combien coutait un verrat ou un esclave, histoire de se faire une idée de la rentabilité
Whoa! Ca faisait trop longtemps que j’étais pas venue! Alors bonne année, félicitations pour ton golden blog award, et merci, merci, merci!
Merci pour ces magnifiques illustrations et ton humour bien rodé, je suis en train de relire les rois maudits, donc tes derniers post, ainsi que la tour de Nesle, me touchent particulièrement. Et les livres pour enfant, mais je les veux! Tu les as eu à Noel alors?